Ellene Sana - Paroisse Saint Benoit en Pays d'Auge

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Ellene Sana, Une partenaire dynamique
au service des migrants Philippins!


En ce mercredi 18 mars 2015, nous étions une soixantaine de personnes, dont Monseigneur HABERT, à venir écouter le témoignage d'Ellene Sana au Tahiti, à Gacé. Tous les ans, dans le cadre du Carême, le CCFD-Terre solidaire accueille des partenaires qui présentent leur projet, ce qui permet de « rendre des comptes » aux donateurs et en même temps, c'est une belle rencontre entre ici et là-bas et un moment d'échanges riches.

Ellene Sana est responsable du CMA (Centre pour le plaidoyer des droits des migrants) fondé en 2002. Elle travaille avec quatre secrétaires  en lien avec de nombreux partenaires. Les missions du CMA sont :

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Améliorer le quotidien et le bien être des migrants et de leur famille

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Promouvoir une politique en faveur des migrants : exercer un lobbying  pour permettre l'avancée des droits des migrants

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Effectuer un travail de recherche pour les dossiers

-Informer les populations, les candidats au départ : travail mené en commun avec d'autres associations

-Fournir une assistance concrète aux migrants les plus en détresse

Le CMA est un membre régulier du congrès philippin pour pouvoir avoir une action sur le plan politique; il est aussi présent sur la plate-forme Asie afin d'avoir une action plus internationale.  En 2003, Ellene Sana a eu l'occasion de présenter  l'association à l'ONU.

Le phénomène migratoire philippin est très ancien. Les Philippines sont un archipel et les gens ont l'habitude de voyager d'île en île. Ils bougent à la recherche d'un emploi car les emplois ne sont pas là où ils vivent. En 2012,  la migration concerne 10,5 millions de Philippins dans le monde, soit 10% de la population, et se décompose ainsi :

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des résidents permanents (Europe, Canada (1 million), USA (3 millions)...)

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des migrants temporaires sous contrat de travail : les émirats arabes, Koweït, Qatar (1 million)

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des sans papiers (1 million)

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des marins de la marine marchande

En France, 52000 Philippins sont recensés, dont 42000 sont sans papiers.

Il s'agit d'une émigration non choisie : 5000 personnes quittent les Philippines par jour. Les Philippins partent à contre cœur pour le travail. Sous la dictature de Marcos, il y a eu une incitation à quitter le pays avec la promesse d'un retour, mais cela ne s'est pas passé ainsi. Les Philippins vont souvent dans des pays où les droits de l'homme ne sont pas respectés ce qui les rendent vulnérables. Paradoxalement, les Philippines possèdent des richesses naturelles (bois, nickel, cobalt, or) qui seraient suffisantes pour faire vivre tout le monde. Malgré cela, 10% des gens sont contraints de quitter le pays pour pouvoir subvenir aux besoins de la famille.

Pendant longtemps, ces citoyens n'avaient aucun pouvoir dans leur pays de par leur éloignement alors qu'ils rapportent des milliards de dollars. En 2003, le CMA a obtenu le droit de vote des migrants Philippins à partir des ambassades ou par courrier. En 2013, des amendements ont permis d'améliorer la loi de 2003; par exemple, les marins qui sont très nombreux dans la marine marchande, peuvent ainsi voter sur leur bateau.

Le CMA soutient la droit des femmes migrantes  ainsi que celui des autres femmes. Il met en place la prévention  contre le recrutement illégal et le trafic des êtres humains et une formation des femmes qui vont émigrer afin de leur donner des compétences. Des campagnes de sensibilisation incluent les familles qui restent, un soutien est apporté aux nombreux enfants de migrants. Lors de sa récente visite, le pape s'est inquiété de la situation des familles séparées qui est une question importante aux Philippines.

Un travail d'aide aux personnes est fourni : information sur les droits des migrants ; aide juridique lors d'un litige avec l'employeur ; assistance médicale. Les demandes viennent essentiellement des émirats arabes et de l'Arabie Saoudite : rupture de contrat, travail prolongé, salaire non versé.

Ellene Sana conclut son intervention en affirmant que le CMA ne cherche à arrêter le phénomène migratoire qui a toujours existé, mais qu'il faut en traiter les raisons profondes car il ne s'agit pas ici d'une migration volontaire. Le droit du travail aux Philippines ne favorise pas la sécurité des emplois : pas de contrat de plus de cinq mois, car après l'entreprise doit régulariser la situation du salarié ce qui lui coûterait cher. Donc beaucoup d'emplois d'une semaine, d'un mois sont proposés ce qui engendre une grande précarité du travail avec des salaires très bas. Cette situation explique pourquoi de nombreux Philippins émigrent pour pouvoir faire vivre leur famille.

Ce témoignage nous donne un éclairage inhabituel sur la migration : il y a les problématiques vécues par les pays d'accueil, mais il y a aussi les problématiques vécues par les migrants et les familles des migrants. La question est complexe et elle est à envisager dans sa globalité, mais c'est tous ensemble, décideurs et nous, citoyens du monde, qui arriverons à trouver une ou des solutions en s'attaquant aux causes profondes du phénomène.

Sylvie Da Silva
membre du CCFD


 
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